J’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas

Julie Chaffort, Antoine Duchenet, Morgane Fourey, Ludwick Hernandez, Atelier McClane, Éléonore Saintagnan, Maxime Verdier, Charlotte Vitaioli

Du 25 février au 12 juin 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

Vue de l'exposition. Marc Domage 2022

J’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas

Julie Chaffort, Antoine Duchenet, Morgane Fourey, Ludwick Hernandez, Atelier McClane, Éléonore Saintagnan, Maxime Verdier, Charlotte Vitaioli

Du 25 février au 12 juin 2022

 

« TROP LOIN À L’EST, C’EST L’OUEST »

Il arrive souvent que l’on passe une frontière sans s’en apercevoir, alors que, parfois, le paysage change du tout au tout dans un même pays. Ca c’est vrai. Ce qui est vrai aussi, c’est que les tornades sévissent au Kansas une fois par an, en été. Ce qui, par contre, n’est pas vrai, c’est que la maison de Dorothy s’envole au cours de l’une d’elles pour atterrir en douceur dans le Pays d’Oz, où réside un célèbre magicien (1). Cette histoire est sûrement riche de mille interprétations, politiques, économiques ou sociales (2). Pour moi, le Magicien d’Oz parle avant tout de paysages, voire de dépaysement. Un arrière-plan qui s’invite en vedette, des paysages lunatiques comme des personnages, tellement imprévisibles que lorsque le temps est peu clément, des maisons s’y plantent brusquement.

« J’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas » est une phrase que l’on pourrait entendre dans la bouche d’un·e voyageur·se regardant distraitement le paysage qui défile. Sans consulter la carte ni le GPS, plutôt à vue de nez, comme on le faisait avant tous ces instruments. Un peu comme scruter le soleil pour connaître l’heure : certains éléments du décor ne trompent pas. Dans la bouche de Judy Garland (Dorothy) (3), c’est manifestement ironique : le changement du sépia au Technicolor saute aux yeux !

Ici, aucun lion, épouvantail ni bûcheron de fer blanc, aucune paire d’escarpins flamboyants. Par contre :
– on y chante en robe de Castafiore sur un parking de supermarché
– on y rencontre des cowboys dont les montures s’envolent (Julie Chaffort)
– on y sourit aux murs qui ricanent de toutes leurs Canines
– on plonge dans des micro-mondes suspendus comme des cauchemars en relief qui déteignent sur les murs (Maxime Verdier)
– on marche entre les peintures qui elles-mêmes se mettent à marcher (Atelier McClane)
– on se mesure à des corps flexibles géants à tête de panier de basket qui se contorsionnent pour rentrer sur les cimaises (Ludwick Hernandez)
– on se laisse éblouir par le rideau-star de soie bleue qui flotte en attendant le rêve (Charlotte Vitaioli)
– on cherche les formes qui sortent des peintures ou y retournent (Antoine Duchenet, Morgane Fourey)
– on sursaute quand les habitant·e·s d’un village englouti refont surface (Eleonore Saintagnan)

Bref, les fonds font forme, les hiérarchies se renversent en un joyeux carnaval, bouleversant le régime du regard.

Tout ça n’est pas sans rappeler – on ne peut pas l’éluder – la singularité d’une invitation en résidence dans un établissement scolaire : la rencontre étonnante entre un·e visiteur·se venu·e d’ailleurs, un lieu saturé d’objets et d’images qui courent dans tous les sens et une trentaine d’yeux qui dévisagent en se demandant ce que cet·te artiste va encore pouvoir leur inventer. C’est vrai quoi.

Adèle Hermier

1 – The Wonderful Wizard of Oz, Lyman Frank Baum, publié aux États-Unis en 1900 aux éditions George M. Hill Company, illustrations de William Wallace Denslow. Édité en France pour la première fois en 1931.
2 – Une image de la dépression américaine de la toute fin du XIXe siècle.
3 – Le Magicien d’Oz (en anglais : The Wizard of Oz) est un film musical américain de Victor Fleming sorti en 1939.

 

Cette exposition a été pensée en 2021, son commissariat alors partagé  par Julie Faitot, précédente directrice de la Galerie Duchamp, et Adèle  Hermier, coordinatrice du parcours d’Éducation Artistique et Culturelle ICONOCUBE (résidences, workshops et rencontres en milieu scolaire).

« J’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas » traduit leur volonté commune de rassembler les huit artistes invité·e·s par la Galerie Duchamp en résidences artistiques dans le cadre de la 24ème édition du parcours ICONOCUBE. Intégrer cette exposition collective à la  programmation du centre d’art permet aux publics de découvrir le travail des artistes avec qui les établissements scolaires d’Yvetot et des alentours collaboreront cette année.

Nous avons tenu à maintenir ce projet d’exposition, malgré l’absence de son ancienne directrice. Adèle Hermier en assure désormais le commissariat, avec tous les égards dûs à la  réalisation d’un projet initié à deux.

L’équipe de la Galerie Duchamp

 

 

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